Démantèlement des camps à Goma : un besoin accru d’attention et de soutien aux femmes déplacées

Près de six mois après le démantèlement brutal des camps de déplacés autour de Goma, la détresse des femmes et des filles congolaises reste sans réponse. Là où s’étendaient il y a peu des milliers de bâches plastiques, véritables villes précaires en périphérie de la capitale du Nord-Kivu, il ne reste plus rien. Des dizaines de milliers de vies ont basculé en quelques heures, prises dans un engrenage de vulnérabilité qui ne cesse de s’aggraver.

«Nous avons été chassées si vite que rien n’a pu être sauvé. Désormais, nous dormons à même le sol, dans la peur de ce qui peut arriver.», confie une mère rencontrée par notre correspondant. Comme elle, d’innombrables femmes ont vu disparaître le peu de sécurité qu’elles avaient pu trouver. Sans toit, privées de leurs moyens de subsistance, elles vivent aujourd’hui dans une peur constante, exposées aux violences et à l’exploitation.

Lorsque les camps ont été détruits, beaucoup de déplacés ont dû se réfugier dans des écoles, des hôpitaux ou des églises à Goma. D’autres, sous pression, ont été contraints de rentrer dans leurs villages d’origine, souvent réduits en cendres ou occupés par d’autres communautés. Dans les deux cas, les conséquences sont dramatiques : absence d’abris dignes, manque d’eau potable, pénurie alimentaire, accès limité aux soins et exposition accrue aux violences basées sur le genre. Dans certains villages, les déplacés revenus ont même été sommés de repartir sous la menace d’armes, condamnés à un nouvel exil.

La présidente de l’association Global Service for Women (GSW), Mupendwa Fumbu, s’alarme : « Chaque jour sans intervention accroît la vulnérabilité des femmes déplacées. Nous appelons à une mobilisation urgente, concertée et respectueuse de leurs droits et de leur dignité. Nous appelons les autorités à encourager et à soutenir de mesure visant à assurer la sécurité des populations déplacées , notamment en facilitant la relocalisation dans des conditions dignes et adaptées et aux acteurs humanitaires de mettre en œuvre une réponse multisectorielle adaptée aux besoins spécifiques de ces femmes en intégrant les dimensions d’abri, alimentation, eau, santé et soutien psychosocial ». Pour cette structure féminine locale, la crise dépasse une urgence passagère : elle menace la stabilité sociale et économique de toute la région, risquant d’enfermer des milliers de femmes dans un cycle prolongé de dépendance et d’exploitation.

Mais au drame humain s’ajoute une équation politique et financière. Depuis janvier, la suspension de la quasi-totalité de l’aide américaine, qui représentait près de 70 % du financement humanitaire en RDC, a plongé le pays dans un vide inquiétant. Déjà, des ONG ferment leurs bureaux, des services essentiels disparaissent et des équipes quittent le terrain. « Chaque fois que nous allons sur le terrain, nous voyons des acteurs qui ne sont plus là », soupire un humanitaire basé à Goma.

À cela s’ajoute l’isolement logistique : avec la fermeture des aéroports de Goma et de Kavumu, le coût d’acheminement de l’aide a explosé. Là où un vol Kinshasa-Goma prenait deux heures, il faut désormais plusieurs jours et des sommes exorbitantes pour atteindre l’Est du pays. Cette lenteur accroît le désespoir de populations qui n’ont déjà plus rien.

Face à ce gouffre, l’ONU admet devoir faire des choix déchirants. « Nous devrons donner la priorité à la survie », a récemment déclaré le coordinateur humanitaire en RDC, reconnaissant que seule une partie des déplacés recevra une assistance minimale.

Pourtant, derrière chaque témoignage se cache une vie suspendue, une dignité bafouée, une paix menacée. Aujourd’hui, les associations locales portent seules un fardeau qui devrait mobiliser l’État, les bailleurs et la communauté internationale. Tant que ce drame restera invisible, il restera négligé dans les agendas politiques.

Il est urgent de briser ce silence. Protéger ces femmes n’est pas seulement une question d’urgence humanitaire : c’est poser une pierre à la reconstruction d’une société plus juste et d’une paix durable dans l’Est du Congo. L’histoire jugera notre capacité à agir, ou notre choix de nous taire.

Ramessou Kabiona


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