Bukavu, 13 septembre 2026- Sous le thème « Retour à nos sources », l’UJM (Uzawo wa Juwa ya Mashariki) et le CLAC (Centre de Lecture et d’Animation Culturelle) ont organisé à Bukavu un café littéraire consacré au rôle des contes et des récits traditionnels dans la formation et la transmission des valeurs. Entre récits populaires, échanges intellectuels, mythes et dégustation de mets traditionnels, la rencontre a placé la jeunesse au cœur de la sauvegarde du patrimoine culturel.
Dès l’ouverture de l’activité, les responsables de l’UJM et du CLAC ont rappelé que la tradition constitue l’un des principaux socles de l’identité d’un peuple. Ils ont notamment insisté sur la responsabilité des jeunes générations, appelées à préserver, comprendre et transmettre cet héritage culturel tout en l’adaptant aux réalités contemporaines.
Pour les deux structures organisatrices, la transmission culturelle ne peut être durable sans une jeunesse consciente de ses origines et suffisamment outillée pour porter cet héritage vers l’avenir.
Les contes, une école de sagesse et de valeurs
L’un des temps forts de la rencontre a été la prestation de quatre usagers de la bibliothèque CLAC de l’Athénée d’Ibanda, dont une jeune fille, qui ont présenté plusieurs contes traditionnels, chacun porteur d’une leçon morale.
Le premier récit, « Le crâne qui s’est mis à parler », raconte l’histoire d’un homme qui découvre un crâne capable de parler. Incapable de garder le secret, il se précipite pour informer le roi. Son incapacité à maîtriser sa parole finira cependant par lui coûter la vie. À travers ce conte, les participants ont été invités à réfléchir sur la prudence, la discrétion et la responsabilité qui doivent accompagner la parole.
Le deuxième conte, « L’Épervier et le Vautour », met en opposition deux attitudes. Le vautour, fidèle à sa nature, se nourrit des animaux morts. L’épervier, voulant l’imiter malgré une nature différente, agit avec précipitation et finit par tomber d’un arbre et mourir, devenant à son tour la nourriture du vautour. Le récit rappelle la nécessité de connaître ses capacités, de respecter sa propre nature et de ne pas imiter aveuglément les autres.
Dans « Le Chacal et le Chien », le chacal se vante de posséder onze formes d’intelligence tandis que le chien affirme n’en avoir qu’une seule. Mais lorsqu’arrive le danger, toutes les prétendues intelligences du chacal deviennent inutiles. C’est finalement le chien, grâce à son unique intelligence mise efficacement en pratique, qui parvient à lui sauver la vie. La leçon a particulièrement retenu l’attention : mieux vaut une intelligence qui fonctionne que onze intelligences inutilisées. Le conte met ainsi en garde contre l’orgueil, la vantardise et le savoir qui ne se traduit pas en actes.
Le quatrième récit, « Le Trésor du Baobab », mettant notamment en scène le lièvre, la hyène et le baobab, a abordé les valeurs de bonté, de confiance et de prudence. Le baobab y apparaît comme le symbole d’un cœur généreux. Mais le récit rappelle également que la bonté ne doit pas conduire à la naïveté. Il convient de reconnaître la générosité des autres, d’en respecter les limites et de ne pas abuser de la confiance reçue.
Les échanges qui ont suivi ont permis d’élargir cette réflexion aux rapports entre peuples et cultures. Certains participants ont notamment établi un parallèle entre l’hospitalité traditionnelle africaine et les expériences historiques de domination extérieure, une interprétation présentée dans le cadre du débat culturel.
« Le conte participe à l’éducation de l’enfant » et previent la perte identitaire
Prenant la parole au cours de cette rencontre, Monsieur Hira a insisté sur la fonction éducative des contes dans les sociétés africaines. Selon lui, les récits traditionnels ne constituent pas de simples divertissements. Ils permettent de transmettre des normes sociales, des valeurs familiales et des principes de vie.
Le deuxième intervenant, le professeur Gervais Chiralwira, a orienté son intervention vers les phénomènes d’acculturation et de déculturation.
Il a présenté l’acculturation comme le processus par lequel une personne ou une communauté adopte certains éléments d’une culture différente de la sienne, tandis que la déculturation renvoie à la perte ou à l’abandon progressif de ses propres références culturelles.
Pour l’intervenant, la disparition d’une culture fragilise profondément l’identité d’un peuple.
« Pour tuer un peuple, il faut commencer par sa culture », a-t-il déclaré devant les participants, avant d’appeler les jeunes à redécouvrir leurs langues, leurs récits, leurs coutumes et leurs systèmes traditionnels de transmission du savoir.
Son message final a été sans équivoque : « Si nous voulons être sauvés, retournons vers nos cultures. »
Cet appel ne signifie toutefois pas le rejet du monde moderne, mais plutôt la nécessité de construire l’avenir sans rompre avec les valeurs et les connaissances héritées des générations précédentes.
Un « autour du feu » pour renouer avec la transmission ancestrale
Le café littéraire s’est achevé par une séquence symbolique baptisée « Autour du feu », rappelant les anciennes veillées au cours desquelles les aînés transmettaient aux enfants l’histoire, les mythes, les proverbes et les valeurs de la communauté.
Dans une atmosphère conviviale, le professeur Chiralwira et M. Hira ont partagé plusieurs récits et mythes, notamment autour du peuple Nande, de la traversée du dragon ou du serpent, ainsi que d’autres récits comme Romulus et Rémus et les histoires de fratricide.
Les participants ont accompagné ce moment d’échange par la consommation de mets et de boissons traditionnels, renforçant le caractère culturel et symbolique de la rencontre.
Au-delà d’une simple activité littéraire, cette rencontre organisée par l’UJM et le CLAC aura ainsi constitué un espace de dialogue entre générations et une invitation adressée particulièrement à la jeunesse : connaître son histoire, valoriser ses traditions et puiser dans la sagesse des anciens des repères pour construire l’avenir.
Dans un contexte marqué par la mondialisation et l’évolution rapide des modes de vie, les organisateurs rappellent ainsi que la modernité et l’enracinement culturel ne sont pas nécessairement opposés. Pour eux, une jeunesse ouverte sur le monde peut également rester profondément consciente de ses origines et devenir, à son tour, gardienne et passeuse de la mémoire collective.
Rédaction
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